Préambule
Bon,
nous voilà de retour 3 ans après une magnifique partie nord achevée en 7
jours dans le sens sud/nord en compagnie de Romain et Rico. On remet ça mais cette fois ci avec la ferme intention de boucler ce mythique GR20 dans son intégralité.
L'année
dernière, David, mon pote à la compote, me soumet l'idée du GR20 pour
l'été, mais cela parait alors compliqué et on se dit que l'année
suivante pourrait être un bon compromis. Nous voila donc en septembre
2012 à spéculer sur une hypothétique traversée en juillet 2013. On fait
alors l'inventaire des forces en présence : Guillaume, David et moi.Si
Guillaume et moi sommes opérationnels pour le faire dans son
intégralité, David qui ne dispose que d'une semaine penche pour la
partie nord uniquement.
Dès
les vacances de la Toussaint on s'attelle à peaufiner le projet, et au
final les dates sont choisies ça sera du 08/07 au 17/07 soit un GR 20 en
9 ou 10 étapes: va y avoir du sport! On prévoit quand même un matelas
de 2 jours au cas où un imprévu s'invite au menu! On attend alors que
David ait ses vacances acceptées pour cette période.
Fin
janvier 2013 l'aventure subit un premier rebondissement puisque d'une
part David obtient ses congés et d'autre part Rico (présent lors de la
première épopée) émet le souhait d'effectuer la partie sud de Vizzavona à
Conca avec nous. Au final, nous serions 3 sur tout le parcours avec un
changement de partenaire à mi chemin!!
On
profite d'une soirée avec les familles pour réserver nos billets
d'avion avec Guillaume : départ d'Orly le 08/07 à 8h25 arrivée à Calvi à
10h00, retour le 19/07 à 16h50 de Figari arrivée Roissy à 18h35. On
fait la réservation au moins cher et l'aller se fera avec une agence de
voyage espagnole Travelgenio qui, et on ne s'en doutait pas à ce moment
la, n'ira pas sans nous poser quelques soucis...
Deuxième
rebondissement, mi-avril David me téléphone pour nous faire part de la
volonté d'un de ses potes, Richard, de se joindre à nous pour notre
marche corse. Richard, je ne le connais pas encore , même si j'ai déjà
entendu parler de lui. On s'est juste côtoyer à l'arrivée du Trail des
poilus en 2012 mais à l'insu de notre plein gré. Le groupe s’agrandit!
Troisième
rebondissement, Rico renonce à nous accompagner car cela tombe en plein
déménagement...Dommage nous voici finalement 4 pour la partie nord et
en amoureux avec Guimeuf pour la partie sud!
Je
profite des vacances d'avril pour faire un saut au vieux campeur et
acheter un peu de matos : un sac Deuter ACT-Lite 50+10 (1.5kg), une
paire de Salomon Quest 4D GTX et une paire de bâtons Leki Voyager.Merci
Père-Noêl! Me voila prêt pour affronter les 2 derniers mois qui seront
occupés à s'entrainer un minimum.
On
crée un page FB pour pouvoir partager avec le groupe, on y met nos
différentes sorties : David lui c'est les Calanques de Cassis sous le
soleil et nous c'est plutôt les larris sous les orages...Sinon lors de
la première sortie avec Guillaume, ses hanches s'en souviennent encore.
De son côté, Richard s'entraine comme un mercenaire dans les dunes de
Berck où il charge son sac avec de nombreuses bouteilles d'eau pour
simuler sa future charge. Certains publient aussi leur liste de matos
avec le poids du sac mais pas tout le monde (note pour la suite). Les
questions autour du petit déjeuner et des repas sont un sujet qui nous
préoccupe: barres, petit dej en refuge, muesli...le choix est cornélien!
Nous
voici début juillet, et Guillaume n'arrive pas à obtenir son billet électronique pour l'aller! Impossible de contacter Travelgenio. On
regarde sur le net et on se rend compte que pas mal d'internautes ont eu
des soucis avec cette agence, Ça ne sent pas très bon. La solution
serait de racheter un billet mais le prix a presque doublé...
Heureusement Guillaume connait un pote Laurent qui récupérera le fameux
billet auprès de l'agence Air Corsica à Bastia. Ça c'est fait!
Nous
sommes à la veille du départ et après quelques chouilles pour certains
d'entre nous, nous allons passer la soirée chez mon padre avec Richard
et Guillaume pour être opé le lendemain matin dès 3h30!
Avant d'entrer dans le vif du sujet je vous propose une présentation nécessaire de l'équipe:
L'Equipe
![]() |
Jour 3 : Ascu Stagnu-Tighjettu-Ciottulu à i Mori
D+ : 1680m D- : 880mTemps topo : 10h00
Temps (pauses comprises) : 11h30
Lever
4h20 et départ 5h30 : y a du laisser aller ce matin à moins que ce ne
soit le coucher tardif...Bref on démarre quand même à la fraiche et
plutôt cool. La journée d'hier a fait mal et ça se sent. Dès les
premiers hectomètres on a le soleil qui se lève dans notre dos:
S'en
suit une longue montée vers le Lac d'Altore (1930m) ou le paysage de
pierres rougeâtres et d'aulnes verts allié à la luminosité matinal nous
offre un beau spectacle.
Depuis
notre départ on se fait doubler par pas mal de randonneurs et arrivés
au pied du névé qui permet d'accéder à l'entrée du Cirque de la solitude
on n'a pas bien vu par où étaient passés ces derniers : le névé ou bien
l'escalade par la roche? Du coup on attaque le névé qui est quand même
bien pentu et verglacé. Dave ouvre la marche avec Guimeuf et je leur
emboite le pas, quand à Ricardo il attaque sur notre gauche. Dave en
habitué, assure chaque pas dans la neige en formant de petites marches
et en recherchant l'accroche. C'est pas que c'est très dangereux mais si
tu glisses tu te retrouves à coup sûr en bas. Finalement on atteint le
col perdu ou Bocca Tumasginesca (2183m) à 8h00.
Bon
c'est pas tout mais va falloir descendre dans le gouffre et si nos
souvenirs sont bons le début de la descente est assez engagé avec pas
mal de chaines et de désescalade. Guimeuf et Dave descendent les
premiers , puis c'est à mon tour et enfin Ricardo qui ne semble pas très
à l'aise sur ce type de terrain. A la première chaine où il faut
descendre dos à la pente et en position type rappel, notre Ricardo ne le
sent pas car ils n'a pas d'appuis. Et il essaye alors de descendre face
à la pente! Mais cette technique est trop dangereuse car comme le dit
le dicton préféré de Dave : " si tu chutes, tu tombes et si tu tombes
c'est la tombe..." Bref chacun essaye de lui donner des conseils pour
franchir cette mauvaise passe qu'il réussira finalement à descendre.
Dans
le même temps on se fait doubler par deux randonneuses plutôt équipées
light qui semblent courir dans le cirque...En fait ce sont deux
montagnardes aguerries de Grenoble dont l'une est accompagnatrice
montagne, ceci expliquant cela. N'empêche que ça impressionne quand
même! Finalement on atteint le fond du cirque vers 9h00.
Il
nous reste plus qu'à remonter par l'échelle tout d'abord puis les
quelques chaines qui jalonnent le parcours jusqu'à la sortie. Arrivés en
haut la satisfaction se lit sur les visages et pour reprendre des
forces Dave et Ricardo nous préparent sur le pouce des sandwichs qui
sont les bienvenus. A ce moment là, on voit un type qui sort du cirque,
qui ne s'arrête pas, pose son sac un peu plus loin, escalade un peu au
dessus de nous et s'assoit au bord du vide..bon chacun son délire mais
lui il a l'air en mission (note pour la suite).
Il
est temps alors de redescendre sur le refuge de Tighjettu, la descente
est un peu rude mais elle se fait rapidement. Arrivés au refuge on se
prend un coca on se pose un peu. Pendant ce temps l'orage gronde autour
de nous et ça s'obscurcit sévèrement... Les profs d'EPS d'Amiens
arrivent à leur tour et s'installent pour manger. Nous on décide de
descendre plus bas à 20 mn aux bergeries de Ballone où on avait gardé un
bon souvenir niveau bouffe. On se serait bien baigné dans une des
piscines qui bordent le sentier mais le temps nous invite à ne pas trop
nous attarder si on veut rejoindre Ciottulu .
Une fois aux bergeries c'est repas time avec des sandwichs mixtes saucisson fromage et pour certain c'est omelette!
On retrouve les coureurs de descente qui pausent aussi avant de continuer.
Le
temps n'est vraiment pas rassurant et nous sommes maintenant entourés
par les orages. La bande des profs de sport partent avant nous et au
moment de quitter le refuge à notre tour un type assis sur une chaise
nous met en garde et nous avertit de la conduite à tenir face à la
foudre : jeter ses bâtons au sol ( car ils sont conducteurs) et ne pas
rester sous un arbre...Il nous rencarde aussi sur la montée sur Bocca di
Fuciale qui par temps de pluie s'avère être dangereuse car les dalles y
sont très glissantes...
Bref
nous quittons Ballone affublés de nos ponchos et l'esprit peu rassuré
par l'ambiance pesante de la situation. Nous empruntons alors une chemin
relativement plat qui suit une courbe de niveau à travers la forêt.
Nous croisons alors un groupe avec un guide qui nous met de nouveau en
garde sur le fait que de tenter de rejoindre Ciottulu c'est s'exposer à
des risques car sur les crêtes " ça frappe! " (dixit le guide). Qu'à
cela ne tienne, nous poursuivons notre chemin. Nous sommes un peu devant
avec Gui quand tout à coup la pluie redouble et le tonnerre gronde. Et
là , la foudre s'abat devant nous à quelques dizaines de mètres. La
flippe totale , on laisse les bâtons et on s'immobilise. Le sentiment à
ce moment là est difficile à décrire : on se sent tout petit... On finit
par reprendre la marche et nous rejoignons la bande des profs qui eux
aussi s'étaient arrêtés. Nous gagnons ensemble le pied de Paglia Orba
et la pluie continue toujours de tomber. Sur place un groupe ( ou plutôt
un demi groupe) attend depuis un bon moment, sous une tente de fortune,
l'arrivée de l'autre moitié accompagnée de leur guide. A leur arrivée
le guide nous raconte qu'ils ont mis du temps car la pluie a fait gonflé
le torrent et qu'il a du assuré chaque personne pour traverser. A ce
moment là, on se demande si il ne vaut pas mieux retourner aux bergeries
mais le temps semble se calmer et on décide tous de continuer. Une
raide montée nous attend alors pour gagner Bocca di Fuciale et ses 1962m
mais la pluie a cessé.
Les
parois ont preque séché ce qui nous permet de grimper aisément, la
traversée du torrent ( qui avait largement décru) se fait
tranquillement. C'est seul enfin que je gagne le col laissant mes
compagnons derrière moi. La montée s'est bien faite et je pense alors
être quasiment arrivé. J'avais complètement oublié qu'il restait encore
une légère pente à grimper avant de basculer sur l'autre versant et
gagner le refuge de Ciottulu di i Mori. Dès mon arrivée je réserve
l'emplacement pour la tente et commande les 4 repas...Le gardien a
changé depuis la dernière fois mais celui-ci est toujours aussi rustre.
Il me dit qu'il en est déjà à 2 services et que si il lui reste du rab
il en fera un autre pour nous... Gui arrive à son tour et on a installé
le bivouac au même endroit qu'il y a 3 ans avec cette vue toujours
aussi magnifique qui fait de ce refuge l'un des plus beaux du GR. Dave
et Ricardo arriveront peu de temps après et installerons leur bivouac à
l'autre bout des emplacements.
Le
refuge est bondé car avec l'orage bon nombre de personnes est resté sur
place. Après une bonne douche et une bonne Pietra nous graillons vers
20h , car il reste du rab!! Au menu: soupe, pâtes, fromage. La journée a
été longue et fatigante. Demain nous n'avons qu'une longue étape mais
moins de D+ donc cela devrait soulager les organismes. On se couche vers
21h.
Jour 4 : Ciottulu à i Mori - Vergio
D+ : 0m D- : 587mTemps topo : 2h20
Temps (pauses comprises) : 6h00
Lever
4h00 et là au moment de d'enfiler mon pantalon dans la tente je sens
une vive douleur dans le dos...Je finis tant bien que mal de m'habiller
et je pars réveiller Ricardo et Dave. Au bout de 10m je fais demi-tour
car impossible de marcher tellement la douleur est vive. Ça craint pour
l'étape du jour et ça craint pour la suite du GR... On tchatche pas mal
au pti dej avec le groupe, je prends des médoc, je fais des étirements
et vers 6h00 nous prenons le départ. Le poids du sac est allégé car les
potes me délestent de 3 kilos. Mais la marche est difficile et toutes
les 5mn je suis obligé de m’arrêter pour soulager et étirer le dos. Ça
sent le calvaire...
Au
bout d'une heure la pitié se lit dans les yeux de mes compagnons
d'infortune et ils décident de m'alléger de la totalité de mon sac. Je
repars donc sans charge et c'est tout le groupe qui ramasse avec ce
poids en plus... On s'arrête à la jonction avec le Mare a Mare (nord)
sur le pont qui nous fait franchir le Golu pour se reposer un peu. Là,
le paysage est toujours aussi magnifique...
Nous rejoignons rapidement les bergeries d'E Radule où se trouvent pas mal de randonneurs ( les coureurs, le groupe de Caro...) L'endroit
est accueillant et on se dit que cela peut-être un endroit de bivouac à
privilégier au détriment de Ciottulu. On en profite pour se ravitailler
et les gars sont motivés pour se baigner car de nombreuses vasques se
trouvent aux abords des bergeries. C'est Ricardo qui est le plus motivé
et malgré la température fraiche de l'eau, il n'hésite pas à y entrer.
Ce sera plus dur pour Dave qui s'y reprendra à deux fois mais finalement
les 3 profiteront d'un bon bain!
Rafraichis
et requinqués nous repartons à travers la forêt de Valdu Nielu. Il
commence à faire chaud et le poids des sacs se fait de + en + ressentir.
Je marche toujours sur le même rythme avec les pauses toutes les 10mn
pour décontracter le dos. A ce rythme je me retrouve devant avec Dave et
derrière suivent Ricardo et Gui. Nous croisons un type qui monte vers
les bergeries : il est sur son cheval, derrière suivent deux mules et
trois chiens! Une drôle de caravane que Ricardo prendra en photo non
sans déclencher l'énervement du type qui lui dira " Si tu prends la
photo t'es mort!"( avec l'accent corse)...
Finalement
nous arrivons vers 12h00 au col de Vergio. on s'assoit sur les bancs
devant la supérette en attendant l'arrivée de Ricardo avec un sac de
1m50 de haut et Guimeuf : l'homme qui portait 2 sacs! Puis nous achetons
de quoi se ravitailler: sandwich coppa/corsica/tomate, un classique! Là
dessus, un orangina et une pietra et tout va bien!
Le
dos toujours dans le rata nous confirmons notre décision de stopper à
Vergio. Objectif : repos et soulagement. Dans cette perspective Dave,
Gui et moi décidons de passer la nuit dans le gite afin de dormir sur un
vrai matelas! Seul Ricardo plante sa tente pour une nuit en bivouac!
Sur la porte des dortoirs on peut voir une affiche mettant en garde
contre les renards. Elle est illustrée par le Chiper de Dora! A ce
moment là , on n'y prête pas grande attention...
Tout
le monde commence à arriver et le camping se remplit : on retrouve
Mélanie et Hervé avec qui on tchatche. Arrive aussi une vieille
connaissance, si si, celui qui à la sortie du cirque de la solitude
était monté s'asseoir dans le vide. Eh bien là, il fait fort : à peine
arriver, il plante sa tente et enchaine des séries de pompes et
d'abdos... improbable. Bref, chacun son style! On profitera de
l'après-midi et de la présence de l’hôtel pour prendre une douche
chaude, faire une lessive et faire sécher notre linge. Le grand luxe
messieurs dames! Les nantais arrivent à leur tour et j'en profite pour
demander à Corentin
(qui est kiné) si il peut me conseiller pour mon
dos. Il m'indique des étirements à pratiquer régulièrement et me donne
des conseils pour le portage du sac pour le lendemain. Le soir arrive
vite et après un apéro à la pietra nous prenons notre repas au resto de l’hôtel. Nous sommes assis avec les nantais. Au menu : noix de veau,
pomme de terre/légumes + pietra 50cl. Richard est en grande forme et il
nous fait un show : on est tous pété de rire. Cette bonne humeur nous
ressource après cette difficile étape. Nous réglons nos repas et au
moment de partir les 2 commerciaux que sont Dave et Ricardo tentent
d'amadouer le patron de l’hôtel pour qu'il paye sa myrte. Malgré leur
tchatche évidente et tout leur talent, ils ne réussiront pas à lui
arracher la moindre goute enfin si mais on paiera la tournée...
On
regagne le dortoir vers 22h00 où ça va ronfler toute la nuit à tour de
rôle. Enfin d'autres passeront une nuit beaucoup plus agitée mais ça
c'est une autre histoire...
Jour 5 : Castel de Vergio - Manganu
D+ : 643m D- : 450mTemps topo : 5h40
Temps (pauses comprises) : 6h00
Lever
5h30 : ça récupère. Les ronflements de la nuit ont été incessant et
chacun dira que c'est l' autre qui ronfle. En effet tu entends ronfler
quand tu es réveillé mais quand tu dors tu ne t'entends pas.. N'empêche
que Gui et Dave ont sacrément ronflé, en même temps Dave a un passif de
ronfleur dont la cabane des parisiens se souvient encore. Alors si nous
avons pu dormir relativement tranquille ce n'est pas du tout le cas de
Ricardo et des autres campeurs qui ont subi une véritable attaque en
règle de la part des renards du coin. Ces derniers ont carrément visité
les tentes à la recherche de nourriture. Ils ont même découpé une tente
pour y entrer. C'est la tente des marseillais, qui n'arrivant pas à les
faire fuir, ont commencé à chercher sur leur portable et sur le net la
bonne méthode pour repousser les renards. Au final, le frangin "avé"
l'accent n'a trouvé d'autres solutions que de les insulter. ainsi les
campeurs de cette nuit là ont pu entendre des trucs du genre : "Nique ta
mère le renard!".
Le
mal de dos semble moins important ce matin et les potes me délestent
quand même d'1kg chacun. On déjeune tranquillement, j'avale des anti
inflammatoires, quelques étirements plus tard nous décollons direction
l'endroit de notre séparation : les bergeries de Vaccaghja. En effet, la
veille vu la journée que nous venons de perdre, Dave et Ricardo ont
choisi de bifurquer vers Corte pour être sûr d'être au taf le lundi
matin. Nous partons le long d'un sentier de ronde à travers la forêt.
Nous sommes de bonne humeur et nous balançons quelques hit du carnaval
de Dunkerque tout en marchant.
Nous
arrivons à Bocca San Petru (1452m) et ses fameux arbres couchés par le
vent. Les paysages sont toujours aussi impressionnants. Le dos ne me
fait quasiment plus souffrir et nous montons sur un bon rythme surtout
Ricardo qui lâche les chevaux. Très vite nous gagnons le Bocca a Reta
(1883m) par le chemin muletier et on peut apercevoir par moment le
littoral au loin.
A
partir du bocca a Reta, ils nous reste quelques centaines de mètres
pour découvrir le lac de Nino. Et là, on est tous scotché : la vue sur
le lac est magnifique , on s’assoit pour la contempler , plus personne
ne parle, seul les yeux en disent long sur ce qu'il nous est donné de
voir. No comment. On descend ensuite vers la fontaine du lac de Nino qui
se trouve en contrebas. On en profite pour grailler un peu et recharger
les gourdes d'eau fraiche. Plus bas près du lac il y a pas mal de
chevaux qui viennent paitre l'herbe fraiche. Ricardo ne peut s'empêcher
d'aller à leur rencontre et de leur donner un truc à becter. Les chevaux
vont alors le suivre jusqu'au camp de base et nous réclamer de la
bouffe...merci Ricardo pour tes bons plans "l'ami des bêtes".
On
repart ensuite pour notre dernière heure de trek au complet. On chemine
parmi les pozzines et comme c'est relativement plat on peut vraiment
profiter des paysages. Dave émet alors l'idée de continuer le GR avec
nous et en discute avec Guimeuf. Le facteur X c'est Ricardo et on
profite d'un arrêt le long d'un ruisseau pour le travailler au corps.
Malgré l’insistance de chacun, Ricardo refusera le plan mis en place par
son Dada. Il en profitera quand même pour se baigner à oilpé dans les
vasques du ruisseau.
Nous
arrivons finalement aux bergeries de Vaccaghja. Nous partageons le
verre et le fromage (de la bergerie) de l'amitié car Vaccaghja c'est le
lieu de notre séparation. On demande à deux profs de nous prendre en
photo dans ce décor de dingue. Dave et Ricardo vont partir vers le
refuge de Sega et il leur reste encore 4h00 de marche et nous, Gui et
moi, regagnons le refuge de Manganu que l'on peut apercevoir des
bergeries. Je pense que chacun aurait souhaité bouclé ce GR ensemble
mais c'est parti remise: pourquoi pas pour un troisième opus. On se
quitte en s'embrassant, conscient que c'est la fin d'une belle
aventure.
Nous
poursuivons alors à 2 avec Guimeuf: en amoureux! On arrive rapidement
au refuge de Manganu où on plante la tente. Il n'y a pas grand monde et
on a le choix des emplacements. On se prépare des lyophilisés : spaghettis bolo et hachis parmentier de chez Aptonia, pas dégueux. Dans
le même temps arrive Mélanie et Hervé ainsi que les marseillais attaqués
par les renards. Le sujet de conversation tourne autour de ces derniers
puisque également à Manganu les renards sont les auteurs d'attaque de
tente. Du coup le gardien du refuge propose à ceux du bivouac de laisser
leur bouffe à l'intérieur pour la nuit. Je me souviens qu'il y a 3 ans
un renard était venu déranger Rico et Gui pendant la nuit. Mais d'ici là
il nous reste une après-midi à passer. Au programme c'est sieste et
baignade dans les vasques. Pendant la sieste de Gui j'en profite pour
dessiner. A son réveil, il est l'heure de la pietra que nous partageons
avec nos compères nantais , arrivés un peu plus tôt dans l'après-midi.
Puis c'est le repas : soupe, pâtes sauces tomates et fruit. On se couche
vers 20h30 conscient que demain nous attend une longue journée.
Jour 6 : Manganu - Pietra Piana - Onda
D+ : 1320m D- : 1492mTemps topo : 10h00
Temps (pauses comprises) : 8h30
Lever
4h20 et Départ 5h05. Les automatismes sont bien rodés et on ne perd
plus de temps. L'étape commence par la montée vers le point culminant du
GR20 : la brèche de Capitello. Nous sommes les premiers à monter et
après avoir franchi une première barre rocheuse nous arrivons sur un
petit plateau de pozzines où certains randonneurs ont planté la tente.
Le soleil n'est pas encore levé et c'est à la frontale que nous
progressons.
Nous
franchissons finalement la brèche au terme d'une rude montée mi-grosses
caillasses, mi-névé. Nous avons mis 1h40 depuis Manganu. Au moment de
basculer le soleil nous éblouis car il se lève du côté des lacs. Cette
luminosité a quelque chose de magique. L'endroit est improbable, on se
retrouve seuls au sommet du GR20 avec des contrastes étonnants. On se
pose un peu histoire de ravitailler et de profiter de l'instant
particulier qui s'offre à nous.
Ensuite
c'est de la descente un peu technique : d'abord on franchit le névé au
sortir de la brèche, puis c'est le fameux passage de la chaine où chacun
aime taper des poses. Ensuite on continue jusqu'à une intersection pour
rejoindre les lacs. On découvre entièrement maintenant le lac de
Capitello. Bientôt ce sera au tour du lac de Melo puis à celui de
Rinoso. Quel enchainement! C'est sans doute l'une des plus belles étapes
du GR20 par la beauté des paysages.
On
ne croise pas grand monde de si bon matin et avec Gui on décide de
compter le nombre de personnes que l'on peut rencontrer sur une étape.
On croise les premiers randonneurs après Bocca a Soglia. On longe un peu
la courbe de niveau à travers les aulnes et on attaque une petite mais
raide montée vers le col de Rinoso. Et là les randonneurs se font plus
nombreux mais alors que l'on en compte une dizaine, un groupe entier de
scouts va venir perturber le comptage. On en croise une quinzaine puis
des attardés et encore des attardés, des esseulés, bref on décide de
suspendre notre petit test. On finit par joindre à travers les névés,
toujours présents à cet endroit, le col de la Muzzela et ses 2210m.
A
partir de Bocca Muzella c'est de la descente jusqu'au refuge de Pietra
Piana. On passe d'abord à travers des éboulis sur les pentes sud de la
Maniccia puis on franchit l'arête pour basculer sur le versant est. De
là on aperçoit en contrebas le refuge. La descente se fait à travers un
ruisseau qui envahit les pentes et donc l'itinéraire du GR20. C'est
assez peu commun de rencontrer autant d'eau puisqu'elle nous
accompagnera jusqu'à l'arrivée au refuge. Au refuge, on arrive vers
9h45, on pause 45mn, au programme : déballage et remballage du sac,
séchage d'affaires dont la tente au soleil et bien sûr ravitaillement.
C'est Gui qui régale avec sandwich pain saucisson et un désormais
traditionnel Orangina qui de toutes les boissons en vente est celle qui
nous donne le sentiment de mieux nous désaltérer. On repart vers 10h30
après avoir rempli nos gourdes d'eau bien fraiche.
Nous
voilà donc partis sur la variante des crêtes pour rejoindre le refuge
de l'Onda qui marquera la fin de notre journée de marche. Il est encore
tôt et aucun orage ne pointe son nez à l'horizon, cela nous rassure un
peu puisque la météo semble la même depuis quelques jours : il fait beau
le matin et l'après-midi ça se charge et des risques d'orages sont
possibles. Le fait de prendre les crêtes nous exposent d'autant plus que
la foudre a tendance à plus facilement s'abattre sur celles-ci.
D'ailleurs au refuge de Pietra Piana, un gars, avec qui on discutait,
nous a parlé de nouveaux cas de personnes soit électrisées soit
foudroyées ces derniers jours sur le GR... Ça ne nous rassure pas,
surtout après l'épisode de l'orage au sortir des bergeries de Ballone.
Mais bon , là le temps est dégagé et c'est de bonne augure parce que les
paysages sont, sur cette variante, assez saisissants.
Alors
que l'on chemine paisiblement sans trop d'efforts puisque les chemins
sont plutôt tranquilles, on aperçoit avec surprise un matelas argenté
qui est le même que celui que Ricardo avait perdu lors de la première
étape. Comment a-t-il pu arriver ici?? Est-ce la malédiction du matelas
argenté que tout possesseur est amené à perdre? Ou bien est-ce un abandon volontaire lors d'un orage pour éviter de prendre la foudre?
Mystère.. Alors que l'on continue on est interpellé par ce drôle de
cairn mi-pierre, mi-os. On se demande alors à qui peut bien appartenir
ce rachis si étrangement érigé? Notre rencontre avec un troupeau de
chèvres alors que l'on est a plus de 2000m nous donnera la réponse.
Elles sont là paisiblement en train de ruminer et de prendre le bon air
en attendant la fin de journée pour redescendre à la bergerie. Nous les
quittons non sans les avoir observés un pti moment et nous amorçons
alors la descente sur le refuge de l'Onda. Cette dernière descente de la
journée, sous le Capu à a Meta qui va progressivement jusqu'au col de
d'Orreccia, va nous ruiner les genoux. Une descente cassante qui use les
organismes.
Une
dernière descente et nous atteignons le terme de l'étape et par la même
le terme de notre journée de marche... Pfiou! Mais quelle journée! On
en a pris plein les yeux aujourdh'hui. Il n'est que 13h30 ce qui nous
laisse du temps pour pour prendre notre temps. On plante la tente à un
bon emplacement car à cette heure-ci on a le choix peu de monde est
encore arrivé. Je vais payer le bivouac et réserver les repas. Arrivé
dans le refuge il y a devant moi deux danois qui attendent pour
également régler. Ils attendent que le gardien du refuge s'intéresse à
eux. Car ce dernier est attablé avec une petite dizaine de corses.
Finalement il leur demande ce qu'ils veulent mais les danois ne parlent
qu'anglais. S'engage alors un dialogue de sourds lors duquel les corses
ne vont faire aucun effort, certain prétextant même être bilingue....
Bref au bout d'un moment le berger les invite à le suivre dans sa pièce
pour encaisser. Et là, même topo il leur pose une question en français
que les danois ne comprennent pas. Voyant que la situation est au point
mort, je traduis aux danois la question ce qui clos le débat...A mon
tour, je règle et le gardien me donne un numéro de table: le 13 (note
pour la suite). J'en profite pour acheter des spaghettis et de la sauce
tomate pour notre repas du midi. Après le repas c'est douche tiède ( eh
oui le soleil a chauffé l'eau dans les tuyaux toute la journée) puis
sieste pour tout le monde.
Au
réveil nos amis nantais sont arrivés et on profite de tchatcher
ensemble parce que c'est sûrement la dernière fois où on se voit car il
ne prévoient pas de doubler la prochaine étape alors que nous on prévoit
de doubler toutes les étapes restantes. Puis c'est le soir et l'heure
de la pietra que l'on déguste avec quelques cacahuètes. Il est alors
18h30 et bientôt l'heure du repas. Quand nous voyons arriver Hervé et
Mélanie avec leurs amis. Ils en ont bavé aujourd'hui. On sait aussi que
c'est la dernière fois qu'on les voit car eux aussi ne doubleront pas
demain. Arrivent à leur tour deux types qui ne nous laissent pas
indifférents. Un des mecs en arrivant s'assoit directement et semble
ailleurs et complètement rincé. En fait ce sont un parisien et un
angoumoisin qui ont fait la semaine dernière le festival de musique de
Calvi ( chouilles tous les soirs) et qui pour le délire ont décidé de
faire quelques étapes du GR20. C'est sûr c'est passer du coq à l'âne,
mais bon c'est un choix stratégique. Le gardien sonne le début du diner
et avec Gui on se dirige à l'intérieur où c'est blindé de monde. On
arrive devant la table 13 qui comporte 4 places et la 3 sont prises. Je
demande au gardien des explications et il arrive et engueule un vieux
type qui a la jambe dans la rata à qui il avait dit soit disant qu'il
pourrait prendre les places libres. Bref, voyant que ça parait compliqué
on lui dit qu'on peut manger dehors et on se retrouve attablés avec nos
festivaliers. Au menu c'est toujours pareil : soupe, lasagnes au
Brocciu, fromage de la bergerie et pomme. Au moment de manger le
fromage, avec Gui on se souvenait qu'il y a 3 ans on avait vu des vers
qui se baladaient dessus. Chacun mange sa part avec le pain. Et Gui dit
aux festivaliers qu'il y a des vers dans le fromage. Ils prennent ça
pour de la foutaise et refuse de croire Gui. Ce dernier coupe un bout de
son fromage et leur présente : au bout de quelques instants de petits
vers blancs sortent du fromage.. En fait c'est une spécialité corse : le
casgiu merzu d'origine sarde et qui veut dire le fromage pourri. Et
la on pète de rire! Si vous aviez vu la tronche que les mecs tiraient,
ils étaient dégoutés! Le repas se finit et le gardien nous paye une
myrte pour notre arrangement pour l'histoire de la table et des
réservations.
Il
est 21h00 et maintenant l'heure de se coucher et de dire au revoir à
ceux avec qui nous avons partagé quelques moments sur la première
partie du GR. Une petite photo souvenir avec les nantais : Brice, Max et
Coco...
Jour 7 : Onda - Vizzavona - E Capanelle
D+ : 1601m D- : 1445mTemps topo : 10h20
Temps (pauses comprises) : 9h00
Lever
4h30 à la frontale et tout le monde dort encore. On se prépare un pti
dej : thé, café, pain d'épices et barres de céréales. Il fait un peu
frais ce matin et nous endurons nos vestes. Départ pour la Punta
Muratellu et ses 2020m à 5h15. On sait que nous attends une rude montée
puisque ce n'est pas moins de 700m de D+ à avaler : pas mal pour se
mettre en jambe. On suit l'arête issue de la Punta Muratellu et scène
improbable on tombe sur deux vaches qui ruminent couchées de part et
d'autre du sentier.
7h00 : ça y est! nous atteignons le col qui passe sous la Punta
Muratellu. Ca va on a un bon rythme et on prend de l'avance sur le temps
du topo. On pause un peu et on aperçoit le refuge de l'Onda en
contrebas. On se souvient avec Gui qu'il y a 3 ans on en avait bien chié
pour atteindre cet endroit. Et que la descente vers l'Onda avait été
interminable alors que le visu pouvait laisser penser qu'on le gagnerait
rapidement. Un peu d'eau, une barre et ça repart. On passe sur le
versant sud de la Muratellu : on change de paysages.
Jour 9 : Usciolu - Asinau
D+ : 845m D- : 1065mTemps topo : 8h00
Temps (pauses comprises) : 6h30
Lever
4h00 et départ 5h05 : à ce niveau là c'est de l'horlogerie suisse. Nous
quittons le refuge à la frontale par une courte montée qui nous permet
de rejoindre l'arrête faîtière. A partir de cet endroit nous allons
suivre cette arrête jusqu'à la Punta Di a Scadatta en franchissant de
nombreux blocs de pierre qui demandent souvent de mettre les mains. Au
détour d'un passage, je lève deux sangliers qui avaient sûrement passés
la nuit sur les hauteurs. Ils leur faudra à peine 30 secondes pour
dévaler la pente à travers maquis et rochers et disparaitre en
contrebas. L'arrête que nous parcourons est appelée l'arrête des
statues en raison des nombreux rochers aux formes étranges.
Au
bout d'une heure nous gagnons la Punta Sacdatta et après avoir
contourné quelques pointes rocheuses nous atteignons une brèche appelée
Petra di Leva. Le soleil est maintenant levé et nous basculons dans un
tout autre paysage puisque nous traversons une forêt de hêtres nains.
Dans la descente nous entendons en contrebas des mugissements répétés.
On ne sait pas qui en sont les auteurs mais on va vite être renseignés
car nous croisons un groupe de randonneurs. Ils nous mettent en garde
sur la présence de 2 taureaux très énervés au niveau du Bocca de
l'Agnone. C'est peu rassurés que nous continuons notre chemin et
j'entends alors le groupe qui explose de rire dans notre dos. Je me
demande bien si ils ne se foutent pas de nous... En fait après coup je
me rend compte que la cause de leur fou rire devait être sûrement mon
tee-shirt de couleur rouge. Bref la situation semble comique. Je ne
peux pas m'empêcher de penser à ce moment là à Rico et ses histoires de
taureaux. Nous parvenons enfin au Bocca di Agnone et effectivement 2
taureaux trônent au milieu du col l'air passablement énervé. L'un des
deux retourne la terre et la jette en l'air pendant que l'autre continue
de meugler. Avec Gui on observe le terrain et le moindre promontoire au
cas où mon tee-shirt les énerverait trop. Cet endroit est aussi le lieu
du nouveau tracé du GR qui fait halte au refuge de Matalza. Mais nous
continuons notre chemin par l'ancien GR en contournant calmement les 2
bêtes.
Après
avoir suivi une piste forestière nous débouchons sur le plateau du
Cuscionu qui nous parait immense avec une une végétation verdoyante. On
descend légèrement et le sentier traverse un maquis dense qui laisse
peut de place pour marcher. Du coup tu as le droit à un gommage gratuit
des mollets. On parvient ensuite à un petit ruisseau que l'on franchit
et c'est de nouveau l'univers de magnifiques pozzines. La descente se
poursuit et nous atteignons le ruisseau de Furchincesu que nous
traversons par une passerelle suspendue.
Un
peu plus loin, juste au dessus des ruines de l'ancien refuge I
Pedineddi (1623m) nous décidons de faire une pause car la suite c'est
l'ascension de l'Alcudina (2134m) qui est le point culminant du sud de
la Corse. On recharge les batteries et on croise un couple qui vient
d'Asinau et qui rencarde sur le temps restant qu'ils évaluent à
2h00...alors que le topo indique 3h45. Bref, on verra. Un barre, un
resserrage de lacets et nous reprenons le chemin. Dès les premières
pentes nous sommes doublés par Lucky Luke ( sobriquet donné par la bande
des avions à un type en raison de son chapeau de cow-boy). Il nous
laisse sur place : son rythme est impressionnant mais il est seul...
Alors que l'on monte sur un bon rythme Gui décroche un peu : la raison
c'est qu'il a les hanches qui sifflent. Ça lui tire dessus et peu avant
la Punta di Vali Tremuli on décide d'alléger son sac, je lui prend
quelques affaires.
Nous
voici enfin au sommet de l'Alcudina. Le panorama est grandiose avec
pour toile de fond les aiguilles de Bavella. On pause quelques instants
histoire de profiter un max car la descente qui nous attend semble
longue et escarpée. Elle est catégorisée par le topo comme étant une
"raide pente"... Petite photo souvenir sous la croix : on n'est pas là
pour rigoler vu nos tronches!. Effectivement la descente sur le refuge
d'Asinau est des plus casse-pattes : sans doute la plus cassante de
toutes. J'ai les genoux qui ramassent et le tendon d'Achille droit qui
siffle. C'est assez difficile et par endroit dangereux. Finalement nous
arrivons au refuge d'Asinau à 11h35.
Nous
nous préparons un lyophilisé et nous plantons la tente quasi sous le
refuge. Les rituels d'après étape sont toujours les mêmes : on se
douche, la lessive puis accrochage du linge. Arrivent à tour de rôle:
les avions d'Arras et les profs d'EPS d'Amiens. L'après-midi c'est
l'heure de la sieste et avec Gui on se couche décidés à récupérer en vue
de la dernière étape du lendemain. Mais malheureusement le temps va
perturber ce moment de récup'. En effet alors que le tonnerre grondait
depuis un moment, la pluie commence à s'abattre sur le refuge. Ce qui
est gênant c'est l'intensité de l'orage. L'eau finit par passer sous la
tente et avec les contacts sur la toile elle commence à entrer. Si moi
ça m'a ruiné la sieste on peut pas en dire autant de Gui qui ronfle de
plus belle. La fin de journée sera passée autour de la table du refuge à
discuter avec les potos Greg, Olivier et Patrick : les avions et les
profs d'EPS amiénois : Émilie, Hélène, Franck, Guillaume, et Benoit. On
passe un bon moment car c'est ça aussi le GR20 c'est l'aventure humaine
et le partage tout ça bien sûr autour d'une incontournable Pietra. Puis
vient l'heure du repas. On est attablé avec deux parisiennes et un type
fort discret. Au menu : charcuterie corse, lentilles aux figatelli (on
en reprendra 3 fois devant la mine médusée de nos convives), fromage et
compote. On sort de table un peu lourd avec le sentiment d'avoir trop
bouffé...On salue tout le monde et on va se coucher. La frontale est
nécessaire pour parvenir aux toilettes. Tu dois slalomer entre les
tentes plantées sur une succession de petites terrasses. Alors que
rouleau de PQ à la main je regagne la tente tant bien que mal, Guillaume
qui est en contrehaut me siffle pour que je lui donne mon PQ. Il ne
semble pas serein et très pressé. En fait il est atteint d'une petite
diarrhée. Il n'arrive même pas à atteindre les WC et n'a d'autres
solutions que de faire au milieu des tentes...C'est bien la peine de
m'offrir un livre qui te dit "Comment chier dans les bois?" et de se
soulager sans aucun respect. Finalement c'est le ventre ballonné que
nous nous couchons vers 21h00, conscients que demain sera notre dernière
journée sur le GR...
Jour 10 : Asinau - I Paliri - Conca
D+ : 590m D- : 1873mTemps topo : 12h00
Temps (pauses comprises) : 10h30
Lever
4h00, départ 5h05. pour une fois nous ne sommes pas les premiers à
quitter le refuge car un groupe de jeunes (comprenez qu'ils ont un
vingtaine d'années) nous devance et partent 1/4 d'heure avant nous. On
les aperçoit ou plutôt on aperçoit leurs frontales dans la nuit. Mais
ils semblent s'être perdus et reviennent vers le chalet. En fait ils
jardinent grave pour trouver le bon itinéraire. Nous les rattrapons vite
et descendons jusqu’au ruisseau d'Asinau où nous passons sur la rive
gauche en suivant les courbes de niveau. Au bout d'une heure nous voyons
le panneau de la variante alpine des aiguilles de Bavella. C'est un bon
souvenir pour Gui et moi puisqu'il y 5 ans nous avions passé nos
vacances en Corse et on avait, avec Romain aka Pied-Pied, fait le tour
des Aiguilles en partant du col. Je ne sais pas si c'est le fait que ce
soit le dernier jour mais on tape pas mal et surtout dans cette
variante. Je pars devant sur un bon rythme. La pente est assez raide et
30mn plus tard je suis au pied de la Punta di U Pasgulu qui constitue la
tour 4 des 7 tours du massif de Bavella. Le panorama est tout
simplement grandiose à cet endroit. Alors que Guimeuf me rejoint le
soleil fait son apparition. Juste un mot : profiter! Pour avoir fait les
deux itinéraires jusqu'au col de Bavella, si il y a une variante à
faire c'est bien celle là, passage obligatoire du GR20.
Puis
c'est la descente vers les tours suivantes et surtout vers le col de
Bavella. Je n'ai plus de batterie pour l'appareil photo, on projette de
pauser au col histoire de le recharger. On arrive à un moment sur un
passage rocheux où une dalle est équipée d'une chaine sur une dizaine de
mètres : pose obligatoire! On s'arrête en haut et on essaye de voir ce
qu'il y sur la gauche en avançant couchés et prudemment. En fait c'est
un à-pic assez impressionnant.. On continue, puis après le passage
d'une brèche entre deux parois nous plongeons à travers des éboulis puis
une forêt sur le col de Bavella. Arrivés au col on se prend un coca et
un orangina + un pain au chocolat. Je demande pour charger l'appareil au
patron qui est à 9h00 du matin aux 3P. 20mn plus tard nous repartons
direction le refuge de Paliri.
Pour
regagner le GR20 nous devons descendre un peu sur la route et l'on
passe devant des hôtels et des restaurants, plein de voitures... La
société de consommation fait son retour en pleine face et l'on a un
sentiment bizarre guidé par l'empressement de quitter cet endroit pour
retrouver le calme de la montagne corse. On s'habitue au luxe de la
quiétude et le retour à la réalité n'est pas toujours très agréable...
Le sentier se poursuit et nous descendons à travers la forêt jusqu'à un
petit ruisseau où Gui proposera à un couple de les prendre en photo :
quelle bonté! Après faut voir la photo... Peu après il ne faut pas rater
la bifurcation à droite vers un sentier qui monte jusqu'au col de
Finosa. Je dis ça parce que nous avons eu la chance de croiser à ce
moment là deux randonneurs qui en descendaient. Ça ne sera pas le cas
pour tout le monde et certain pour ne pas les citer jardineront en
ratant le sentier. Ils se reconnaitront! Au col de Finosa on a une
double vue magnifique: d'un côté le massif des aiguilles de Bavella et
de l'autre côté, le golfe de Porto Vecchio.
Après
une descente plutôt cool et un dernier passage à travers les hautes
fougères, nous laissons la source sur notre gauche pour gagner le refuge
d'I Paliri. Ce refuge donne le sentiment de s'être perdu dans un écrin
de verdure. On s'assoit en terrasse. Les parasols ne sont pas de trop
car à 10h30 il fait déjà très chaud. On commande un Orangina et on
achète pour se faire un dwich. Le problème c'est qu'il n'y a plus de
pain. Du saucisson sans pain ça ne le fait pas. Le patron bien serviable
nous donnera son propre pain. Je lui demande alors si il vend de la
bière et sa réponse est fantastique , dans le bon esprit corse. "Non je
ne vend pas de bière , je vend de la Pietra!"(avec l'accent on s'y
croirait). 30mn après nous voyons arriver les arrageois. Ils ont l'air
au taquet. Puis arrive les Clément et Caro. Pas de news des amiénois. On
sait à ce moment qu'on ne les reverra plus puisqu'ils ne doublent pas
cette étape. Dommage! Voilà déjà l'heure de repartir, il est 11h30.
C'est notre dernière étape, nous touchons près du but. On ressent alors
un drôle de sentiment mêlant désir de finir et souhait de rester ici
loin de tout.
Au
bout d'à peine 20mn nous sommes rattrapés par les avions de chasse
accompagnés d'une allemande répondant au prénom de Frauke. Alors qu'on
leur emboîte le pas, la pluie commence à faire son apparition. Plus on
avance et plus il pleut. Le groupe avance en file indienne et le
changement de meneur d'allure impose un rythme soutenu proche de la
course à pied. En effet nous n'avons plus guère que de la descente et
malgré le terrain rendu glissant par la pluie, nos collègues haussent le
niveau et courent comme des lapins. Tout le monde suit de Frauke en
passant par Guimeuf et Moi. On se retrouve dans la dernière étape avec
nos sacs à dos, même moins chargés qu'au départ, à courir sur le GR20.
Les personnes que nous croisons, nous regardent passer l'air médusé. Ils
doivent se dire que nous sommes frappés. Je ne m'imagine pas croiser
des types lors de la montée sur Ortu qui courent pour conclure leur GR
et ce sous la pluie: c'est improbable! Notre course effrénée nous amène à
nous poser dans un endroit magique : une piscine naturelle au pied d'un
ruisseau. Tout le monde tombe le sac pour se rafraichir. C'est un des
moments mémorables de ce GR. Une sorte de récompense partagée après un
effort collectif qui nous amenait à nous dépasser. Anthologique! Puis
nous repartons non sans avoir vu passer Luky Luke et les 2 anglais qui
ne se sont même arrêtés, jaloux qu'ils étaient de voir Frauke copiner
avec d'autres que eux. Il faut dire que Lucky luke convoite depuis le
début notre collègue germanique. Ça continue de remonter et à chaque
ascension nous nous disons que c'est les derniers D+ du GR après les
quelques 10 000D+ que nous venons de nous avaler. Pourtant quand il n'y
en a plus il y en a encore. A un moment on croit s'être égarés car on ne
voit plus de marque mais fausse alerte, l'itinéraire est bien le bon.
Nous parvenons enfin à une brèche entre deux parois nommée le Bocca
d'Usciolu (587m). C'est une sorte de porte qui s'érige comme une sorte
de sas entre le monde du GR et le monde du retour à la réalité. On en
profite pour se prendre tous en photo.
Finalement
après une dernière descente emmené d'un pied de maître par Olivier nous
arrivons à l'issue de notre étape. J'immortalise l'arrivée de chacun,
l'émotion se lit sur les visages.
Quelques
centaines de mètres plus bas nous arrivons au terme de notre aventure.
On se congratule avec les potes d'Arras et Frauke. Nous venons de vivre
une sacrée étape, une sorte de cerise sur le gateau. On immortalise ça
par la traditionnelle photo devant la plaque officielle. J'aime bien
cette photo!!! Putain on l'a fait. C'est énorme!
Juste
à côté, il y a le bar et donc qui dit bar dit forcement Pietra. On se
fait une Pietra de l'amitié! Les sourires sont de sortie. La fatigue est
oubliée et on savoure enfin les moments passés. On est rejoint peu de
temps après par Caro et les Cléments qui se joignent à nous pour la
deuxième tournée. Puis la troisième...Et là qui voit-on arriver? les
profs d'Amiens : Émilie, Hélène, Franck, Guillaume et Benoît. C'était inattendue et tout le monde est ravi de les voir. Se déroule alors une
scène particulière ou tout le monde vient les congratuler : c'est un
grand moment d'émotion. Malheureusement on ne pourra pas en profiter
puisque dans le même temps Pascal et Laurent nos hôtes pour les deux
prochains jours viennent nous récupérer, direction leur camping en bord
de mer. On quitte nos collègues de fortune en même temps que Conca non
sans un petit pincement au cœur marqué par la fin d'une belle aventure
chargée en émotions et en rencontres...
Epilogue








































































































































































































































