Préambule
Bon,
après le GR20 l'été dernier, on avait le choix pour cette année : le
TMB, le Tour des Écrins et de l'Oisans, La vallée des Géants...
Côté
effectif, nous ne sommes que deux: l'ami Guillaume et moi-même. Après
peu de réflexion et aux vues de notre très sommaire préparation nous
écartons les itinéraires les plus difficiles et nous choisissons de
trainer nos carcasses sur le TMB (Tour du Mont-Blanc).
Contrairement
aux années précédentes, la préparation de l’événement se fait avec
moins d'anticipation et plus de dilettante. On ne fera que 2 marches
longues en guise d'entrainement...
Pour
le topo du TMB on se prévoit l'affaire en 7 jours : départ le lundi 7
juillet des z'Houches et retour aux z'Houches le dimanche 13 juillet.
Les
étapes s'annoncent cependant longues et fortes en denivelé. Nous optons
pour le bivouac et nous choisissons les repos en fonction des endroits
où planter la tente. Voici ce que nous prévoyons:
Jour 1 : Les Houches - Les Contamines Montjoie (camping)
Jour 2 : Les Contamines Montjoie - Ville des glaciers ( bivouac autour des bergeries contre fromage)
Jour 3 : Ville des glaciers - Dolonne ( bivouac jardin du bar Skilift contre bières)
Jour 4: Dolonne - Refuge Elena ( bivouac autour ou au Grand Col Ferret)
Jour 5 : Refuge Elena - Relais d'Arpette ( bivouac autour du refuge)
Jour 6 : Relais d'Arpette - Argentière ( camping)
Jour 7 : Argentière - Les Houches
Jour 1 : Les Houches - Refuge du Fioux
Dimanche
6 juillet, départ de Prouzel à 7h pétante! On ne traine pas trop
pendant les pauses et on arrive vers 15h aux z'Houches. On gare la
voiture sur le parking du téléphérique de Bellevue.
Direction
"Le Spot" un petit bar-brasserie juste en face du parking. On se
commande une Grimbergen pour fêter notre bonne arrivée, puis très vite
une deuxième que je ne manque pas de renverser, l'émotion sans doute...
C'est
alors que Guimeuf émet l'idée de commencer notre TMB dans la foulée. Oh
là!! Tout doux Shakan! On se calme la route a été longue et tous les
repos sont nécessaires. S'engage alors une discussion qui débouche sur :
"on met les voiles!!" On demande conseil à la dame du téléphérique très
disponible qui nous rencarde sur la montée au col Voza et la
possibilité de bivouaquer au refuge du Fioux quelques hectomètres plus
bas ou parait-il l'accueil y est très bon.
Ni
une ni deux, nous enfilons la tenue du pénitent, nokons nos pieds,
sortons nos bâtons et endossons nos sacs qui nous paraissent bien
lourds...Mais au moment de partir un gros orage s'abat sur les
z'Houches, et nous nous réfugions dans la voiture en attendant qu'il
cesse.
C'est
enfin vers 16h45 que nous quittons le parking (993m), direction le col
Voza (1653m) soit un dénivelé + de 660m pour se mettre en jambes. Nous
ne suivons pas l'itinéraire du TMB en ce début d'étape car nous tournons
tout de suite à gauche pour rejoindre le Bonnet un petit hameau. Le
soleil est de retour et il commence à faire chaud! Nous atteignons vite
le pont de Belleface puis le hameau de Maison Neuve. Un peu plus haut au
lieu dit La Carbotte (1490m) nous pausons pour admirer le paysage.
Nous
gagnons ensuite rapidement le col Voza où après avoir traversé la voie
de chemin de fer et laisser la variante du col Tricot sur notre gauche,
nous basculons vers Bionnassay. Nous arrivons rapidement sur le chalet
refuge le Fioux (1500m) où nous rencontrons la gardienne des lieux.
L'accueil
est super et elle nous propose de planter la tente un peu plus haut sur
un replat herbeux. A ce moment là, la pluie commence à tomber et nous
dressons la tente en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire : on
est efficace pour ce premier bivouac! La dame nous propose même de
mettre nos sacs à l'abri dans un petit cabanon à côté de la tente pour
éviter qu'il ne prennent l'eau car cette nuit ils annoncent des orages!
Une
fois au refuge, c'est douche chaude avec jeton en 3mn, bière du
Mont-Blanc et repas lyophilisé pour ce premier soir. On aurait bien
mangé le ragout qui mijotait en cuisine et qui aiguisait nos papilles
mais malheureusement le refuge était plein et il ne restait plus de
repas disponible...
C'est
enfin vers 21h00 que nous allons nous coucher. Demain on se lève de
bonne heure car le départ est prévu vers 5h00! Mais la nuit qui
s'annonce risque d'être perturbée...
Jour 2 : Refuge Le Fioux - Refuge de la Croix du Bonhomme
Quelle
nuit! Déjà ça commence mal car Gui ne maitrise pas sa montre et le
réveil sonne à minuit! On se réveille croyant qu'il est 4h...Au même
moment les orages arrivent et ça va être le feu d'artifice jusque 5h00
non stop! Du coup on dort moins bien mais bon la tente tient le coup.
Après quelques barres de céréales nous voilà partis vers 5h30 du refuge
Le Fioux (1500m). Au départ nous devions faire la variante par le col
Tricot mais compte tenu du temps et des nuages d'altitude nous préférons
continuer par la version académique.
On
a cependant un problème de taille car en commençant hier on met en
l'air alors tous les bivouacs prévus...A partir de ce moment on se dit
qu'on avancera selon notre état de forme et on dormira où on dormira!
Le
début d'étape commence par une bonne descente sur Bionnassay (1320m) le
long d'un chemin où on aperçoit un renard puis un chevreuil. A la
sortie du hameau nous franchissons le torrent du Bionnassay.
Très
vite on gagne le hameau du Champel (1201m) et on on une belle vue sur
la vallée et les Contamines dans le fond. On croise un randonneur qui a
bivouaqué à la fraiche et qui prépare son petit dej avec un feu de
bengale!
La
descente continue et nous traversons la nationale et poursuivons notre
route par un chemin agréable. A Tresse (1020m) nous traversons un pont
puis empruntons un chemin qui longe le torrent du Bon Nant. Le décor est
particulier, on se croirait dans une forêt tropicale car il y a énormément de verdure, de boue et surtout de l'humidité. Nous arrivons
enfin aux Contamines Montjoie (1164m) où nous profitons des commerces
pour faire une pause: croissant, café et recharge des poches à eau. Le
temps se découvre alors et le soleil fait son apparition.
On
repart direction Notre Dame de la Gorge (1210m) d'où le sentier s'élève
rudement. Nous commençons à doubler des groupes de japonnais et de
coréens avec leur guide. La montée est raide d'autant que le soleil est
de la partie. Ça transpire sec. On arrive finalement au refuge de La
Balme (1706m) vers 11h15. On
boit l'eau fraiche à la source et on fait le plein des poches. On en
profite également pour manger et faire sécher les affaires. Deux
orangina et un sandwich jambon beurre plus tard nous reprenons la marche
direction le col du Bonhomme.
Il
est 12h pile quand on quitte le refuge et on s'attaque alors à une
montée de près de 650 D+ vers le col du Bonhomme. Au même moment la
pluie commence à faire son apparition. On croise, au moment de mettre
les vestes de pluie, un groupe emmené par une accompagnatrice avec qui
on tchatche un bout de chemin. A partir du Plan des Dames (2204m) pour
moi ça devient plus difficile : j'ai pas de jus et les crampes ont fait
leur apparition...J'en bave pour atteindre le col (2329m) où nous posons
quelques minutes histoire de se refaire la cerise! Nous n'avons pas
chaud car trempés et le vent souffle pas mal. On aurait bien pris du
repos dans l'abri de fortune du col mais il est blindé...
Après
ces quelques instants de pause nous poursuivons par un sentier qui
monte en balcon avec de nombreux névés à traverser. Les nuages
d'altitude ont pris place sur le chemin et on a des difficultés pour
trouver les traces. Arrivés au col de la Croix du Bonhomme (2479m) on
bascule pour rejoindre le refuge du col de la Croix du Bonhomme (2433m)
5mn plus bas.
Arrivés
au refuge nous posons les affaires et nous entrons : waouh! c'est
l'usine ici! Environ une cinquantaine de personnes sont assises aux
tables, ça grouille de partout! Ça change des refuges corses... On
commande à boire et on se rancarde pour les emplacements de tentes et la
douche. Les emplacements sont un peu en dessous du refuge le long du
GR. Je m'y rend en fin d'après-midi mais j'ai des doutes sur un possible
bivouac, le temps s'est dégradé et la pluie et le fort vent on fait
leur apparition. De plus ils annoncent des températures basses pour la
nuit et de la neige!!! Non
sérieux de la neige?!! Bref on opte pour la situation de repli car il
reste quelques places en dortoir au sous sol. Pour les douches vu le
temps et vu qu'elles sont tributaires des panneaux solaires elles sont
froides. Donc on fera l'impasse sur la toilette pour aujourd'hui...
Un calme avant la tempête nous permettra de faire quelques photos dans la soirée.
On
attend le repas avec impatience et on en profite pour tchatcher avec la
jeune qui travaille au refuge. Elle est cool et elle nous propose de
nous placer où on veut pour le repas. On émet juste le souhait d'être
avec des français pour discuter un peu car depuis notre arrivée nous
n'entendons que des étrangers! On en profite également pour demander
conseil à l’accompagnatrice du groupe, Laeticia, qu'on avait croisé toute
à l'heure. En fait,on prend des infos sur la suite du parcours et elle
ne manquera pas de nous donner des petites astuces sur la marche à
suivre.
Nous
allons partager justement le repas avec le groupe de Laeticia qui est
un groupe du ministère de l'agriculture. On tchatche pas mal du TMB que
certains ont déjà fait mais aussi du GR20. Au menu, soupe - polenta et bœuf en daube - fromage et gâteau au chocolat.
On
se couche vers 21h alors que le temps s'est dégradé : le grésille a
fait son apparition et la température est proche des 5°. Avant de
rentrer dans le dortoir on doit éviter un âne qui est attaché juste
devant. En fait il randonne avec un père et ses enfants. C'est important
à noter car la nuit va être particulière... Gui met ses boules Quies
achetées aux Contamines car il n'a pas apprécié les cloches des vaches
la nuit dernière. Au bout de 5mn, il ronfle ce qui fait rire des enfants
qui s'apprêtent à se coucher à côté de nous.
Jour 3 : Refuge de la Croix du Bonhomme - Courmayeur
Quelle
nuit encore!!! Il est tôt ce matin et le réveil de Gui n'a pas encore
sonné quand j'entends dans un semi sommeil le vent et l'eau d'une gouttière coulait comme si j'étais juste à côté...Bizarre nous sommes en
dortoir et on ne devrait pas. Je tourne la tête et regarde vers l'entrée
et là, la porte du dortoir est ouverte et l'âne est rentré à
l'intérieur!! Dehors il neige et le vent redouble, la pauvre bête devait
être gelée. Gui finit par se lever et chasse l'animal hors du dortoir.
Mais l'âne est têtu et 5mn plus tard il donne un coup de tête dans la
porte qui s'ouvre (car la clichette ne fonctionne plus) et rentre de
nouveau à l'abri. Gui se relève et recommence mais en vain la bête
n'aura pour but que de rentrer de nouveau malgré des essais d'autres
randonneurs...
Bref
on se lève plus tard ce matin : vers 6h30. Après le petit déjeuner
avalé, on quitte le refuge vers 7h30.Ce matin la variante par le col des
Flours va elle aussi se révéler impossible. Le temps ne le permet pas
et ne laisse rien présager. Dehors c'est tout blanc car il neige. La
descente qui s'annonce doit nous emmener vers Les Chapieux et elle va
s'avérer, compte tenu des conditions, assez dangereuse. Plus d'une fois
on manque de se ramasser car le sol est très glissant.. Durant cette
longue descente de quasi 800D- nous doublerons quelques groupes dont un
couple au bord de la crise de nerf. La fille se gamèlera juste devant
nous dans la boue. Et elle craquera en fondant en larmes sûrement minée
par la boue et la pluie qui a pris le pas sur la neige. Les pieds sont
trempés et à vrai dire on est rincé lorsque nous arrivons aux Chapieux
(1549m).
La
suite du sentier va alors miner encore plus le moral et les organismes.
Sous la pluie qui a redoublé, nous empruntons une route qui nous emmène
à la Ville des Glaciers (1789m) . Cette longue et douce montée va se
faire sur le bitume et au milieu des navettes...Arrivés à la Ville des
Glaciers on ne prend même pas le temps de pauser. On enchaine dans la
boue la terrible montée du Col de la Seigne sensé nous emmener en
Italie. Cette ascension va être pour moi un véritable calvaire. De
nouveau sans force et sans jus, je m'accroche à Gui qui me tire. On
marche dans la boue et les chaussures se charge ce qui rajoute du poids
donc ce qui nécessite davantage d'énergie. Une fois les lacets passés,
la pente devient moins raide mais le brouillard, la neige et le vent
sont au rendez-vous. On ne voit pas à 20m. On atteint enfin le col de la
Seigne (2516m). Le
vent qui souffle nous contraint à poursuivre sans s'arrêter. On
enchaine donc la descente vers le refuge Elena puisque nous venons
d'entrer en Italie. On passe près dela Casermetta (2365m) où on ne stoppe
pas non plus.
On
arrive au refuge Elena 30mn après dans un sale état. On est trempé des
pieds à la tête, frigorifié par le vent et on a, à ce moment, qu'une
seule motivation : se réchauffer et se ravitailler. On rentre dans le
refuge qui est blindé de randonneurs en tout genre : des groupes de
coréens, des groupes d'italiens... Tout le monde semble serein ce qui
contraste avec notre état. On en profite pour s'asseoir et se réchauffer
autour d'une soupe et d'une plâtrée de pâtes. On en profite pour
discuter avec un guide qui nous conseille pour redescendre sur
Courmayeur de prendre une navette 8km plus bas au lieu dit La Visaille
ce qui évite la montée sur l'Arp vieille et la redescente sur
Courmayeur. Et dans l'état où on est cela semble plus sage. Un autre
guide nous dit qu'il y a moins d'une heure de marche pour gagner l'arrêt
du bus. Moins d'une heure pour 8km??!! A part en courant cela semble
impossible...On verra bien d'autant que les navettes ne passe que les 40
de chaque heure. Hors, il est 13h35 donc si on active un peu le pas on
peut prendre celle de 14h40!
Au
moment de quitter le refuge, nous sommes transis par le froid. J'ai la mâchoire qui n'arrête pas de claquer et Gui est frigorifié également. Il
nous faudra 10 bonnes minutes pour se réchauffer un tant soit peu. Nous
enclenchons les grands pas pour essayer de rallier dans les temps le
départ de la navette. Gui finira même en courant, mais en vain. Nous
arrivons 1h15 plus tard et la navette est déjà partie...On va devoir
attendre une petite heure la prochaine.
En
attendant, on finit par voir arriver le jeune guide qui avait
pronostiqué moins d'une heure pour la descente...Il parque son groupe de
coréens dans le bar voisin et vient tchatcher avec nous. Il commence
par étaler sa science : "Tu vois ces arbres là, c'est des épicéas? Ben
non, ce sont des mélèzes et les mélèzes c'est signe de peu de pluie. On
vient de basculer dans le Val Veni et la présence de ces arbres montre
un climat peu enclin aux précipitations! Tu sais ce que c'est le foehn?
Non, tu te souviens plus du collège? Ben c'est un vent fort, sec et
chaud que l'on rencontre dans les Alpes. En fait, c'est quand un vent
dominant rencontre une chaine de montagne. Ben ici jusque Couramyeur le
vent est chaud et sec donc peu de précipitations. C'est pour ça que la
suite de votre TMB s'annonce mieux du côté de la météo!" Vas-y que
j'étale ma science sous mes airs prétentieux...
Bref
on finit par prendre la navette qui nous amène au centre de Couramyeur.
De là on prend un gite pour passer la nuit au sec et se refaire après
cette dure journée. On se rencarde sur un lavomatique pour laver notre
linge pourri et il s'avère qu'il y en a un à 15mn à pieds. On ne se pose
pas trop de questions et on y va. Sur le trajet tous les gens nous
dévisagent... En fait c'est notre accoutrement qui les intrigue : Gui est
en caleçon long de course et moi je suis avec mon pantalon de pyjama
blanc dont l'ouverture pour pisser a tendance à s'ouvrir. Et en dessous
je n'ai rien...De plus je suis en tong!! Finalement nous trouvons le
lavomatique et bonheur y a même un sèche linge. On rencontre sur place un
trio de jeunes français qui fait également le TMB : Clémént, Romain et
Thibaut (des montpelliérains). Ils sont aussi là pour faire un break et
laver le linge. Ils sont comme nous en bivouac et vise demain la même
étape, on se reverra sûrement!
Le
repas du soir sera pris à la pizzeria du Tunnel dans le centre de
Courmayeur : il y fait chaud mais les pizzas y sont excellentes! Italie
oblige. On rentre au gite vers 20h30. Ce soir c'est la demi finale du
mondial Brésil-Allemagne et on va tenter de regarder. Allongés dans les
lits, on ne fait pas long feu et on s'endort avant que le match ne
commence...
Pour cette étape il n'y a pas de photos. En effet les conditions météo et mon état ne m'ont pas permis de sortir l'appareil...
Jour 4 : Couramyeur - Refuge Elena
Après
une bonne nuit dans dans des lits confortables,on se lève à 6h00 pour
un départ à 7h00. Les premiers hectomètres dans Courmayeur sont sources
d'inquiétudes car des bobos se font ressentir : j'ai la malléole externe
hypersensible et chaque pas et appui de la chaussure me font souffrir.
Pour Gui c'est le tendon qui siffle sévèrement ce matin. Ca promet
d'autant qu'on attaque par 750D+ jusqu'au refuge de Bertone. On fait
alors une pause devant la maison des guides de Courmayeur pour tenter de
faire quelque chose pour atténuer nos douleurs.
Je
renforce la malléole avec des compresses pour éviter le contact et Gui
s'avale un voltarène et masse avec du nifugel. Il est temps de prendre
la route par une longue montée en lacets vers le refuge Bertone (1989m)
que nous gagnons en 1h30. Le panorama est grandiose en ce début de
matinée.
Nous
poursuivons par un sentier en balcon où la boue est omniprésente. La
pluie commence à faire son apparition de manière intermittente. Peu avant
le refuge Bonati (2025m) on se fait doubler par un vieux père qui
répond au prénom de Gui. Il passe tête baissé sur un sacré rythme.
Arrivés au refuge Bonati qui est magnifique on fait une pause, histoire
de se ravitailler un peu. On s'avale un sandwich et des lemon Soda.
L'intérieur du refuge est cossu et des tableaux des exploits de Walter
Bonati jonchent les murs. L'accueil y est fort agréable de la part de la
tenante des lieux. On ne traine pas et on reprend la route au moment où
les montpelliérains arrivent à leur tour. Nous leur donnons rdv au
refuge Elena.
La
suite du parcours va devenir plus compliquée puis que les conditions
météo se dégradent : le vent et la pluie se font plus présent. La
descente sur l'Arp Nouva Déso (1769m) devient délicate en raison de la
boue omniprésente. Une fois en bas on renok les pieds, on se couvre pour
affronter les 300mD+ qui nous permettrons de rejoindre le refuge Elena
(2054m).
Cette
dernière montée de la journée va se transformer petit à petit en chemin
de croix. La boue plus présente que jamais, la pluie qui nous cingle le
visage et surtout le vent qui s'accentue au fur et à mesure que l'on
grimpe... Bref on arrive vers 14h00 au refuge Elena, une fois de plus
trempés des pieds à la tête. Il fait 4° et le vent ne laisse pas le
temps de s'attarder dehors. Nous rentrons et trouvons une table pour
nous asseoir et nous réchauffer. La météo pour la nuit est sans appel :
neige et des températures proches de 0° sachant qu'avec le vent le
ressenti peut avoisiner les -5°... Ca se complique de nouveau pour le
bivouac. On demande si il reste des places en dortoir mais le refuge est
plein. La dame, moins commode que dans les précédents refuges, nous
indique une aire de bivouac juste derrière le refuge. On lui signale
quand même qu'on est intéressé au cas où il y ait des désistements.
Les
Montpelliérains arrivent à leur tour et on passe la fin d'après midi à
boire des bières et à se raconter nos vies. Une bonne nouvelle vient
agrémenter la soirée : il y a des places libres suite à des
désistements! Tout le monde dormira au chaud ce soir. On enchaine alors
les douches plus ou moins chaudes, la lessive. Pour le repas on
demandera de l'eau chaude pour nos lyophilisés. Un groupe de jeunes de
foyers attire notre attention. Ils dorment dans notre dortoir et on
appréhende de dormir dans le calme. Finalement tout le monde s'endort
vers 21h30 conscient qu'une longue étape nous attend demain.
Jour 5 : Refuge Elena - Champex
Réveil
vers 6h00, on rassemble les affaires et on remonte au bar pour le petit
dej'. On commande un café allongé car les expresso en Italie c'est
serré de chez serré, on s'avale quelques barres et nous voilà
opérationnel pour un départ à 7h00.
Malgré
l'heure tardive on s'aperçoit vite qu'on est les premiers à partir du
refuge. Dehors il a neigé et il neige encore. La fine pellicule a
recouvert les alentours. On ne voit pas vers les sommets car les nuages
d'altitude sont encore présents. La montée du refuge commence par
quelques lacets bien courts puis le sentier continue de monter plus
directement. Plus nous montons et plus l'épaisseur de neige augmente.
Nous marchons maintenant dans 5 bons cm de fraiche. Aucune trace
présente sur le chemin, nous ouvrons donc la voie aux suivants. Tant que
l'on voit le sentier ça va mais très vite ça se complique. Une fois
passé les fermes d'alpages à 2264m nous progressons maintenant dans un
bon 10cm. Plus haut, une fois les trois bornes passées on ne distingue
plus le chemin que l'on doit suivre et les nuages nous empêche de
naviguer à vue. Tout est blanc, seules quelques touffes d'herbe
résistent encore à l'enneigement total! La pellicule de neige avoisine
les 25cm et nous gagnons enfin non sans difficultés le fameux Grand Col
Ferret (2537m). La-haut on s'arrête quand même pour prendre quelques
photos mais le vent souffle très fort et nous cingle la neige sur le
visage. D'ailleurs autour de la borne ce n'est que du verglas car le
vent a tout chassé!
On
ne s'éternise pas et on franchit le col pour se retrouver maintenant en
Suisse, direction le chalet de La Peule quelques 500mD- plus bas. Mais
là un gros problème se pose à nous : où est le sentier??? Sur ce versant
la neige semble être tombée en quantité plus importante et c'est un
océan de neige qui s'offre à nous...Quelle direction choisir? De plus le
brouillard est présent et on ne voit pas à 50m! Finalement aprés un
petit moment de doute on aperçoit un rondin de bois marqué de deux
bandes blanche et rouge qui dépasse de la neige. On fait l'hypothèse
qu'il jalonne le sentier et on se met en marche. Parfois on s'enfonce jusqu’aux genoux et le risque c'est de se tordre une cheville car on ne
sait pas ce qu'il y a en dessous et que la neige n'est pas tassée! De
poteau en poteau on trace la route. Gui propose pour délirer de faire la
trace en remontant dans la pente sur une 50aine de mètres en étant sûr
que les suivants suivront la trace ( note pour la suite). Les guêtres et
le gor-tex de mes shoes n'étanchent plus et les pieds commencent à être
sacrement trempés... Au bout d'une heure d'effort l'épaisseur de neige
diminue et on rencontre alors un groupe avec le guide qui montent sur le
col. On tchatche un peu et on les prévient des rudes conditions qui les
attendent. Eux nous rassurent cela s'améliore avec la descente.
La
chemin devient plus praticable malgré la boue/neige et c'est
l'occasion de descendre en petites glissades!! On arrive enfin au
chalet de La Peule (2071m) et c'est blindé de vaches suisses avec leurs
grosses cloches. Les panoramas semblent grandioses même si on n'en voit
pas la totalité...
Par
une piste carrossable on gagne très vite Ferret (1705m) où nous sommes
rejoint par Gui (le vieux padré) et deux jeunes : Samuel et Maxence.
Puis nous arrivons sous la pluie incessante depuis un moment à La Fouly
(1610m). On rêve à ce moment là d'un bon sandwich tomate/saucisson/
fromage... La chance est alors de notre côté puisque dans l'instant on
tombe nez à nez avec une supérette suisse. On y rentre sans tomber les
sacs et on fait nos achats en vue de notre ravitaillement : tout ce dont
on avait besoin dont du vacherin et du gruyère salé! On se pose juste
devant l'épicerie car il y a une table et des bancs. Nous sommes vite
rejoint par Maxence et Samuel, puis les montpelliérains pour un
pic-nique en groupe à l'abri.
S'engage
alors durant le repas une discussion sur la suite du parcours. Il pleut
sans discontinue et le chemin jusqu'Issert est long et suit la route.
On décide donc de prendre la navette. Les jeunes avaient décidé de faire
de même mais les montpelliérains préfèrent continuer en marchant. On
leur donne rdv au relais d'Arpette.
On
arrive à Issert (1055m) et on enchaine en compagnie de Sam et Max par
le sentier qui grimpe à travers la forêt. On évolue dans les nuages
d'altitude et l'humidité est bien présente. Après près de 450 D+ on
gagne Champex le lac. On se rend à l'office de tourisme pour prendre des
infos sur les lieux de bivouacs et les gites possibles. Il reste une
place au gite du Bon Abri vers Champex d'en Haut. Cela tombe bien c'est
le lieu où les jeunes vont passer la nuit. On s'y rend et l'accueil est
top de la part de la dame. L'endroit est nickel : terrain de pétanque,
terrain de tennis, de volley-ball...On dormira dans une chambre double.
On passe la fin d'après-midi à jouer aux cartes avec les jeunes ( Le
président). On apprendra aussi que c'est eux qui nous suivaient sur le
Grand Col Ferret et ils nous confirment qu'ils ont suivi la trace qu'on
avait détourné volontairement. Gui (le vieux padré) qui menait le
groupe leur a dit à ce moment que cest un guide qui a du faire la trace
et qu'il a voulu, connaissant bien terrain, éviter un endroit dangereux!
Mdr!!! Vient l'heure du repas : soupe, lasagnes et gâteau. En face de
nous s'installe deux types et je crois reconnaitre un type qui a fait le
staps à Lille avec moi mais je n'en suis pas sûr. C'est en le croisant
dans les douches que j'ai la confirmation que c'est bien lui Vincent
Ourdouilli! Il fait le TMB en courant avec un pote en 4 jours!! Chapeau.
On se couche vers 21h00. Demain le temps est toujours pluvieux et la
dame nous déconseille la fenêtre d'Arpette car les nuages d'altitude
empêcheront tout panorama...
Jour 6 : Champex - Montroc
Lever
6h00 et petit déjeuner au gite c'est royal : jus d'orange, café, pain
confiture, yahourt! On part avec Sam et Max vers 7h00, direction Trient
où les jeunes vont passer leur dernière nuit. Pour nous, c'est direction
Trè le Champs pour notre dernière nuit également. Le chemin en ce début
de journée est plutôt cool on descend jusqu'au plan de l'Au (1330m).
Une
fois passé l'alpage on s'engage sur une large piste forestière en pente
douce qui va s'accentuer sévèrement après le passage d'un torrent. On
s'avale de bon matin un petit 600D+ à travers la boue et les vaches échappées des enclos. On atteint l'alpage bovines (1975m) dans les nuages
d'altitude. Les vaches en liberté s'approchent un peu trop près de nous
et nous obligent à nous réfugier dans l'enclos devant la ferme.
Une
fois passé le Portalo (2049m) le sentier continue en descente. Ma malléole me fait souffrir et m'oblige à m'arrêter deux fois pour
compenser le contact avec la chaussure. Dans cette descente on se fait
doubler par Vincent en petites foulées, on se tcheck et on se souhaite
une bonne fin de TMB. On rencontre aussi un trio de bonnes femmes qui
font la traversée Chamonix - Zermatt et qui ont déjà fait plusieurs fois
le TMB. Elles prétendent alors que le TMB est beaucoup plus facile que
Chamonix- Zermatt...Il reste à le vérifier lors d'une prochaine rando!
On
passe le col de la Forclaz (1526m) et on arrive sur Trient (1297m) à
11h30 juste avant Vincent et son pote??!!!Ils n'en reviennent pas et
nous non plus. Se sont-ils trompés de chemin? Bref On en profite malgré
la pluie pour se ravitailler en se faisant des sandwichs avec les restes
de la veille. C'est Gui (le vieux padré) qui arrive à son tour et qui
va dormir au même endroit que les jeunes Sam et Max. On se salue et on
quitte alors Trient vers 12h00.
La
montée sur le col de Balme qui nous attend s'annonce rude et longue
puisqu'elle avale pas moins de 900mD+... Ça va chauffer. On commence par
une pente douce puis dès notre entrée en forêt on s'enquille des lacets
raides et courts. La fin vers le col semble longue, on pause pour se
couvrir car le vent commence à souffler. Finalement on gagne le col dans
les nuages pour ne pas changer...J'ai quand même pris une photo qui
transcrit bien ce qu'on voyait en général en haut des cols.
La
descente ne s'annonce pas top avec le temps qu'il fait et on décide de
prendre le télésiège des Autannes. C'est un groupe de randonneurs avec
qui on a fait la montée qui nous rencarde. On paye à l'arrivée et tu
sais pourquoi quand tu vois les prix : 10€ pour 5mn de télésiège... Bref
on ne s'attarde pas et on enchaine la descente sur Le Tour (1458m). Une
fois arrivés on se pose dans un bar histoire de faire respirer les
pieds qui avec l'humidité de 5 jours commencent à se détèriorer sévère.
On se boit une ptite Grim' et Gui en profite pour appeler les profs
d'Amiens qui font le TMB avec un jour d'avance sur nous. Ils nous
rencardent sur un camping à Montroc un peu plus bas. On se rhabille et
on gagne par la route le camping Pierre Semard du nom d'un ancien
syndicaliste cheminot tué par les allemands.
On
a enfin une fenêtre de beau temps en cette fin d'après-midi ce qui nous
permet d'installer la tente tranquillou, de faire sécher les chaussures
sur les chaufferettes des chaussures de ski, de prendre une bonne
douche et d'essayer enfin de faire sécher les habits. On fera même une
partie de pétanque car ils prêtent des boules au camping! Pour le repas
c'est lyophilisés. On se couche vers 20h30 car demain dernière étape
longue, on va se lever tôt...
Jour 7 : Montroc - Les Houches
Lever 4h00
après une nuit pas top! Y a un type qui a joué de la guitare jusqu'à
minuit, il m'a gavé... Je lui aurais bien fait bouffer mais
bon...Bref on traine pas : démontage tente, petit dej et on
s'arrache vers 5h15. Le départ se fait dans la souffrance car la malléole
est hyper douloureuse. Je m'accroche derrière Gui mais
j'arrive à peine à poser le pied au sol... Ça craint pour la suite
de l'étape. Au bout de 20 minutes on aperçoit la direction La Flégère et
on suit mais on se trompe de chemin. Au lieu de prendre
celui qui monte vers la Tête aux vents on prend celui en dessous
mais ça on ne s'en aperçoit pas tout de suite... Je m'arrête car la
douleur devient insupportable . 3ème pansement de la journée
et sous les conseils de Gui je repars quasi sans douleurs!!!
Sûrement la position du pansement par rapport à la malléole. Gui souffre
aussi du tendon comme tous les matins, faut que ça chauffe!!
V'la le gang des éclopés!
Le sentier
n'est malgré tout pas évident : des sortes de montagnes russes dans la caillasse et les racines, pas facile de bon matin! Soudain
le temps se lève et une fenêtre perce les nuages devant nous et là,
comme par magie apparait le Mont-Blanc et les grandes Jorasses. Le
soleil vient juste lécher le dôme. Quel spectacle! On ne l'a
pas vu de la semaine et là il pointe son nez. Et 5mn après les
nuages reprennent position et on ne verra plus rien de l'étape.
On arrive
bientôt à la Flégère quand le sentier disparait dans une immense piste
de ski en construction. Impossible de savoir où aller :
pleine pente , en travers?? Obligé de sortir le Quechua Phone et
d'activer Sitytrail pour suivre la trace. Dans les nuages, on ne voit
pas grand chose et on aperçoit finalement le refuge de La
Flégère (1877m). Juste avant d'y arriver pour faire une pause, on
distingue une marmotte dans le brouillard.
On pause à peine 5mn et on enchaine vers le Brévent par un joli chemin en balcon où on apercevra un chamois et une autre
marmotte!
On arrive à
Planpraz (2007m) et on cherche à se ravitailler car il est 10h00 et on
est pas au mieux. Le resto d'altitude n'ouvre qu'à
11h, c'est moche...Finalement on se pose et on décide de ne pas
monter au Brévent car il y a du brouillard et il fait froid. On a les
main gelées... Plus bas on trouve, au pied du télécabine, un
resto ouvert. On se prend un sandwich mixte et un orangina. On en
profite pour se réchauffer les mains sur les radiateurs qui chauffent!!!
Finalement, on décide de redescendre vers Chamonix pour
suivre enfin le chemin du bas qui retourne sur les Houches. On se
prend quasi 1000mD-... Arrivés en bas, ils nous reste un bon bout de
chemin jusqu'aux Houches. On tape à base de grands pas, ça
monte encore parfois le long de l'Arve, on se met même à courir dans
les plats et les descentes. On passe la gare des Houches et la fin
jusqu'au télécabine du Brévent va être interminable sur la
route. On boucle finalement vers 13h ce périple. On est moins
fringant que dimanche dernier mais on est heureux d'en finir.
On se change et
on se ravitaille au "Spot" ; une ptite Grim' et un hamburger Savoyard
et ses frites, on se régale. Une fois fini, on ne traine
pas car on repart direct vers Amiens et 7h00 de route nous attendent.
Une petite dernière photo de mes pieds après une semaine dans l'humidité...
Bon, dire qu'on
est déçu de ce trek serait mentir, car malgré les conditions,
l'humidité constante, le peu de panaroma on a quand même
apprécié le côté sportif, les rencontres humaines et la montagne. On
se dit aujourd'hui qu'on reviendra sur ce TMB en espérant cette fois-ci
avoir les conditions pour le vivre pleinement.
J'espère aussi que ce sera avec d'autres volontaires mais aussi
avec l'ami Guimeuf avec qui j'ai encore passé de bons moments.
Rendez-vous l'année prochaine pour un autre trek...

























































